Ojoloco 2016 : El Acompanante

Nicole Dupré

Original Post

Pavel Giroud, le réalisateur du film présent dans la salle, à qui on demandait quelle était actuellement la situation du cinéma cubain, parlait d’un “grand potentiel”, faisant référence à tous les jeunes cinéastes porteurs de projets intéressants, mais totalement dépourvus de moyens et ne bénéficiant d’aucune structure à Cuba même. Il faut pour cela aller chercher ailleurs, en Colombie, au Venezuela, en France …. ce qu’est parvenu à faire Pavel Giroud au bout de 6 ans !
Monter un film demande toujours patience et obstination; à Cuba peut-être plus encore.

El Acompanante est un film passionnant, sans doute mon préféré parmi les films que j’ai déjà vus.
Pourquoi ? La réponse est simple : un sujet fort, des personnages attachants, des dialogues percutants, une mise en scène efficace….
L’accompagnateur est un champion de boxe déchu pour s’être dopé. C’est un taiseux, tout en muscles et plein de préjugés vis à vis de celui qu’il doit accompagner : un jeune homme porteur du virus du sida, hospitalisé dans un centre de rétention d’où il n’a droit de sortir qu’une fois par semaine, à condition d’être “accompagné”, étant bien entendu que l’accompagnant remplira un rapport sur les faits et gestes de son “protégé”.

Le cadre une fois posée, le film peut commencer. Plus que des grandes scènes dramatiques, c’est une accumulation de petits gestes, de regards échangés, de mots prononcés qui font comprendre ce qui se passe entre les deux personnages principaux, Daniel et son accompagnateur, Horacio Romero.
Daniel est du genre rebelle, toujours à se moquer, à enfreindre les règles et à se faire la belle. Horacio est plus réservé, mais on sent que son énergie n’est que contenue, pas vraiment domptée.

A travers ces deux personnages, le spectateur n’a pas de mal à comprendre les enjeux de la vie cubaine, la pesanteur des institutions, la répression sous couvert de soins. Mais comme le suggérait prudemment le réalisateur lui-même lors de la discussion, l’absence de liberté peut-être considérée comme le prix à payer pour être soigné et … éviter la propagation du virus. Toutefois, il ne semble pas qu’on ait véritablement donné le choix à Daniel; il n’a pas de son propre gré, abdiqué sa liberté pour bénéficier d’un traitement.

El Acompanante est un film très riche, qui mérite réflexion et discussion. Il serait dommage de n’en faire qu’un film cubain de plus, un film qui nous montre de l’intérieur ce à quoi correspond le régime imposé par les frères Castro depuis 1959. Car, sans être aucunement dogmatique ou même seulement didactique, le film soulève des problème qui sont aussi ceux de nos sociétés dites démocratiques.

Le festival Ojoloco a peut-être d’autres bons films à me réserver mais pour le moment El Acompanante est mon préféré.

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